Qui est donc Pierre Montet?

L’auteur de ces découvertes fantastiques, et pourtant trop méconnues, est un égyptologue français qui est né dans le Beaujolais le 27 juin 1885; lorsque la chance lui sourit en Egypte, il est âgé de cinquante-quatre ans. Il n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Aussi vaut-il la peine de retracer brièvement sa carrière.

Pierre Montet se consacre à l’égyptologie dès 1905 et travaille en 1910 à l’Institut français d’Archéologie orientale du Caire, fouillant à Abou Roach, près de Guizeh, puis en Moyenne-Egypte, où il explore les tombes des sites d’Assiout et de Beni-Hassan, vieilles de quatre mille ans.

Il se lance alors dans une expédition dans les régions de montagnes désertiques du Ouadi Hammamat, en Haute-Egypte, sur le site des plus anciennes mines d’or entre le Nil et la mer Rouge. Il publie une série d’inscriptions qu’il a trouvées dans cette vallée aride et sauvage.

Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il effectue des missions au Proche-Orient, en particulier en Syrie. Dès 1919, la guerre terminée, il enseigne l’égyptologie à l’université de Strasbourg et dirige en Phénicie des recherches visant à mieux connaître le passé de l’antique Gebail (Byblos), à la suite des sondages d’Ernest Renan au siècle passé. Il met au jour les tombes des rois de Byblos, avec lesquels les pharaons entretenaient dès l’Ancien Empire (vers 2700 avant J.C.) d’étroites relations. En effet, l’Egypte s’approvisionne en bois de cèdre sur la côte libanaise. Aussi trouve-t-il, à côté d’un mobilier funéraire giblitique, de nombreux bijoux pharaoniques, dans des souverains du Moyen Empire.

Passionné par la lecture des textes bibliques, il recherche sur la rive palestinienne les traces des populations avec lesquelles l’Egypte a toujours eu des contacts. La publication des trésors qu’il met au jour avant 1928 s’intitule d’ailleurs Byblos et l’Egypte. Parallèlement, Montet se préoccupe de retrouver en Egypte même les vestiges de la présence des Hébreux sous les Ramessides. Il décide alors de fouiller dans le Delta. Son choix se porte sur le site de Tanis, encore mal connu et que l’on a longtemps confondu avec la cité de Pi-Ramsès  palais-forteresse pharaonique destiné à endiguer les avances des Hittites au Proche-Orient  et avec celle d’Avaris, qui avait été la capitale des envahisseurs Hyksos (1750-1600) à la fin du Moyen Empire.

L’archéologue sait que l’humidité du Delta n’est pas propice  contrairement au climat de la Haute-Egypte  à la conservation des vestiges organiques. Mais il espère néanmoins trouver des objets lithiques ou métalliques: à cet égard, son intuition n’a pas été démentie … Pourtant les fouilles qui avianet commencé en 1928 n’apportent pas de résultat avant 1939: durant plus de dix ans, la patience de Montet est mise à rude épreuve, comme l’avait été celle de Carter avant qu’il ait trouvé la tombe de Toutankhamon.

Mais subitement, la découverte d’une sépulture inviolée à Tanis déclenche une véritable frénésie, difficile à refréner. Hélas, la Seconde Guerre mondiale qui éclate presque simultanément oblige l’équipe à brusquer les travaux/ Montet est engagé, malgré lui, dans une course de vitesse: il n’est plus question d’opérer avec la méticulosité que nécessiterait une telle découverte. En Basse-Egypte, la rumeur s’est vite répandue que la mission a trouvé un trésor exceptionnel. On ne peut laisser sur place, dans une période troublée, des joyaux qui seraient rapidement la proie des voleurs.

Les opérations se borneront à des fouilles de “sauvetage” - comme on nommera, par exemple, celles effectuées en Nubie, exposée à la montée des eaux du Nil lors de la construction du Haut Barrage à Assouan. Pourtant, même si les photos sont trop rares et de faible qualité, si les relevés sont hâtifs ou insuffisants en raison de la pression des événements, Pierre Montet mène son travail à chef: il donne de ses trouvailles une superbe publication (ce que ne font pas toujours les archéologues). Sous le titre “La nécropole royale de Tanis”, il édite, entre 1947 et 1960, trois grands volumes qui décrivent tous les objets exhumés.

Les découvertes capitales de Tanis, faites entre 1939 et 1946, vaudront à Montet les plus grands honneurs dans la communauté scientifique, à défaut d’une renommée dans le grand public: il est appelé à enseigner au Collège de France, est élu à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et préside en 1963 cette institution, ainsi que l’Institut de France. En 1966, encore en pleine activité, il décède dans sa quatre-vingt-deuxième année. Telle était la destinée de ce Français auquel l’archéologie doit l’une de ses plus éclatantes découvertes dans le domaine de l’art égyptien et de l’orfèvrerie pharaonique.

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